Il affiche une maîtrise impressionnante pour son 1er album solo, Vapeurs toxiques. Direction artistique, choix des sons, flows, lyrics, ce Don de l'Art de rue a été, il est vrai, à bonne école, du studio à la scène, entre family business et fonky success. Maturité donc, mais de celle qui laisse la place à l'auto-dérision, tout en tentant, avec brio, d'élever le débat. Un p'tit bordel organisé, n'est-ce-pas ?
R.A.P. : Petit rappel historique
Don Choa : Je suis originaire de Toulouse, ça fait 8 ans que j'habite Marseille. Dans Sale Sud, un morceau avec Dadoo, je big up les 2 villes, car même si je viens de Toulouse, je me sens bien à Marseille aussi. Et c'est pas un truc contre le Nord non plus, car le son, ce sont des Parisiens qui l'ont fait ! Je représente c'est tout.
R.A.P. : Quand as-tu effectivement commencé à rapper ?
Don Choa : Ado, vers mes 15 ans, j'ai fait quelques tags, mais je me suis mis à rapper très rapidement, je faisais du ragga aussi. On avait un petit groupe à Toulouse, on s'entraînait entre nous, sur du beat box, car on avait pas d'instrus, c'était une autre époque, c'est pour cela que je fais une dédicace dans Art de Rue à ce sujet. On faisait juste, parfois, quelques micros ouverts à la radio. Et la FF, je les connaissais déjà, mais j'étais encore à Toulouse. De toute façon, chacun a plus ou moins commencé de son côté. Ce sont Djel et Pone qui nous ont présentés. On s'est retrouvés petit à petit, le courant passait bien et on a fait un morceau qui a d'ailleurs donné le nom du groupe. On n'avait rien calculé, je dirais presque que ça s'est fait par hasard.
R.A.P. : Petit, tu ne te voyais pas rappeur. Que voulais-tu faire ?
Don Choa : De la caillasse (rires) ! Mais quand j'ai commencé à rapper, je ne calculais pas le côté bizness. Tout ça est arrivé après, avec les premiers cachets. Maintenant, c'est vrai que quand les jeunes se mettent à rapper, ils voient direct la caillasse mais pour moi c'est une illusion, c'est être naïf comme les mecs de Star Academy ou de Loft Story. Nous, on a commencé pour le fun.
R.A.P. : Mais à un moment donné, il a fallu faire un choix pour ta carrière, non ?
Don Choa :Ma vie ça a été l'école puis le boulot. Après l'école, j'ai fait des petits boulots, et s'il faut y retourner demain, j'y retournerai. On n'avait pas idée que le rap, ça allait devenir gros comme ça. Bien sûr, à un moment, il a fallu faire un choix. Eh bien, le choix, il s'est fait le jour où j'ai gagné assez pour ne plus aller vendre des fruits et légumes. Tout simplement !
R.A.P. : Et à ce moment-là, l'envie et la fraîcheur restent intacts ?
Don Choa : Tant que la passion et l'enthousiasme sont là! Par contre, il faut peut-être trouver d'autres centres d'intérêts, approfondir certains côtés, pour ne jamais perdre la créativité. Mais gagner sa vie avec de la musique, c'est agréable. C'est pas avec la musique que tu deviens riche, on n'est pas milliardaire, mais on se fait plaisir tout en gagnant notre vie.
R.A.P. : Tu as une expression très imagée : « croquer dans la galette » : tu peux expliquer ?
Don Choa : En fait, ce n'est pas exactement la caillasse, mais plutôt la possibilité d'accéder à tout ce qu'on nous montre et qui nous fait envie. Tout le monde se jette sur les miettes, mais ce qu'ils veulent vraiment, c'est croquer dedans. Mais comme dit le Rat dans le HS volume 1, « plus ça rentre et plus je suis loin du compte ». J'ai un peu cette impression-là moi aussi.
R.A.P. : C'est pour ça que tu dis que tu as perdu trop de temps ?
Don Choa : Non, là il s'agit plutôt d'exprimer, dire des choses, Parce que bon, la caillasse, c'est bien beau, mais un jour, tu vas partir, et tu n'emmènes rien dans ta tombe. Je ne voudrais pas paraître prétentieux, mais c'est vrai qu'en tant qu'artiste, j'aimerais bien laisser une trace.
R.A.P. : Comment t'es-tu mis à ton solo ?
Don Choa : Quand le Rat préparait son propre solo, en 2000. Ce n'était pas une obligation, en fait c'est souvent les gens qui te mettent la puce à l'oreille. J'ai pris trop la confiance en faisant du ski, je me suis cassé un genou, du coup, je me suis retrouvé immobilisé chez moi et je me suis mis à écrire sur des sons. J'enregistrais sur des mini-disques, après il y a eu la tournée, Art de Rue. C'est pour cela que ça a pris du temps.
R.A.P. : Quelles sont tes conditions d'écriture ?
Don Choa : J'ai fait pas mal de textes en studio. Mais j'écris un peu tout le temps. Idéalement, j'aimerais être 6 mois de l'année en studio, l'autre moitié en tournée. Je me lève, je fais des morceaux, je mets le temps que je veux à les faire, j'écris dans le studio, j'essaye, je pose. C'est ce que j'ai fait pour cet album, c'est pour ça que j'ai un peu éclaté le budget ! Mais c'est toujours mieux quand tu as du frais, en plus dans un gros studio, comme un labo, avec de grosses femmes enceintes, c'est toujours mieux que dans sa chambre, alors autant en profiter !
R.A.P. : Qui t'a aidé dans ce projet ?
Don Choa : J'ai fait la préparation tout seul, aller chercher les sons à droite, à gauche. Après, mon entourage a aidé, j'ai maquetté avec Djel par exemple. Et puis j'aime bien avoir quelqu'un avec moi en studio, tu peux discuter avec ton pote, lui faire écouter, c'est plus agréable. En fait, un de mes objectifs, c'était plaire aux producteurs, que les producteurs ne soient pas déçus de ce que j'ai fait avec leur son. J'ai choisi des instrus déjà faits, parfois, j'ai demandé une couleur plus particulière, mais je ne suis pas du genre à être derrière les gens, je les laisse travailler, s'exprimer, que ce soit le producteur, le graphiste, etc. Et éventuellement après, je leur fais mes commentaires. J'ai quand même le dernier mot ! En solo, tu dois tout prendre en charge toi-même, donc c'est une pression supplémentaire, mais bien sûr, c'est bien en même temps de décider de tout.
R.A.P. : On met souvent en avant ton côté un peu fou ?
Don Choa : J'ai mon côté dingue, mais il n'y a pas que ça, parfois je suis tout tranquille, je ne dis pas un mot, comme tout le monde. Parfois, j'ai l'impression que les gens préfèrent ne retenir que mon côté dingue, celui du p'tit gars sans gêne,qu'ils n'attendent que ça de moi. Comme je dis dans un morceau, vous ne voulez pas que je me calme, vous me préferez faire rageux jour et nuit !! C'est aussi un peu pour ça que j'ai fait Mon p'tit bordel 2, mais encore une fois, ce n'est qu'une facette de ma personnalité. Bon en même temps, c'est normal, c'est du rap, même s'il y a aussi des morceaux plus posés ou plus lourds.
R.A.P. : La grande surprise, c'est que tu chantes
Don Choa :Ben comme tout le monde, sous la douche. Après je me suis dit, j'aimerais bien des parties chantées. Je me suis dit : je vais faire les mélodies et les textes moi-même. Puis, en studio, je me suis dit : je vais les poser pour faire des repères pour les choristes quand ils viendront. Les ingénieurs me disaient : tu te débrouilles, je leur demandais : c'est juste ? Ils me disaient : en tout cas c'est pas faux ! Déjà ça te met dans le doute ! (rires) Mais du coup, les parties que je pouvais faire, je les ai faites moi-même. Il paraît que certaines vedettes qu'on voit à la télé ne chantent même pas juste, je n'en avais même pas conscience, pour moi, ils chantaient bien ! On en apprend tous les jours avec la musique. En tout cas, j'aime bien chanter, écrire les mélodies.
R.A.P. : L'album sort dans quelques semaines, comment te sens-tu ?
Don Choa : Content de l'avoir fait, j'ai envie de le défendre, mais j'ai déjà envie de faire de nouveaux trucs ! Je m'essaierai peut-être à faire quelques sons, mais je veux qu'il me reste du temps pour l'écriture, pour la vie en général.
R.A.P. : Mets-tu une distance entre l'artiste et l'homme ? Sont-ils différents ?
Don Choa : ma vie c'est aussi un bordel, mais, si je me mets en scène dans des morceaux, je mets aussi vachement de moi. En fait, je calcule pas trop ça, je suis moi tout le temps. C'est surtout le regard des gens qui change. Des fois, on me dit : en concert tu sautes partout, là tu es assis ! Excuse-moi, je vais pas sauter sur la table, tout casser, passer pour un fou, un asocial ! Mais c'est vrai qu'en concert, le public est en folie, il crie, il reprend tes morceaux, donc toi aussi tu es en folie. Mais bon, à ce moment-là, il n'y a pas deux personnages en moi, mais 4 ou 5 !
R.A.P.: En écoutant ton album, son côté rentre-dedans, moqueur, fait un peu penser, dans l'esprit, à Eminem
Don Choa : C'est ce que j'aime chez Eminem, il insulte des mecs et il donne leur nom ! Bon moi j'ai pris des mecs de la variété, mais c'est vrai que j'aime pas Sardou ! J'ai l'impression qu'il se lâche le mec, comme il y a beaucoup de rappeurs qui se lâchent, après on fait souvent le parallèle, peut-être à cause de la couleur aussi ! (sourire) Il y a quelques personnes qui calculent mon apparence, Menzo me l'a fait remarquer un jour, alors que moi, je n'avais pas capté. C'est comme ces boîtes où ils ont un quota de Noirs, tu as envie de leur dire excuse-moi d'être en vie, excuse-moi d'être né !